Prix Jean Renaux : le sport et la politique à Amiens
Ce mardi 28 août s'est disputée la 37ème édition du prix Jean Renaux dans le centre-ville d'Amiens. Comme je me suis mis au vélo depuis quelques années, j'y suis allé par curiosité. Le circuit d'un kilomètre et demi est bien court avec des virages assez marqués. En arrivant rue des otages, j'ai bien vu deux coureurs qui avaient chuté lors de la course des amateurs. Cela peut refroidir des participants éventuels...
Le départ des cyclistes professionnels est précédé de leur présentation à la manière des boxeurs. Un animateur professionnel, au ton forcé de l'enthousiasme surjoué, clame leur palmarès. Un coureur arrivant en retard, il lui lance : « Il regardait plus belle la vie ! ». C'est sûr, il connaissait bien le pedigree de chacun mais il entrecoupait cela de plaisanteries plus lourdes les unes que les autres.
Quand il prenait une pause, un de ses collègues prenait le relais et ne cessait de répéter les noms d'Alain Gest, président d'Amiens-Métropole et de son vice-président aux sports. Qu'on le fasse une fois pour remercier la collectivité d'aider à l'organisation de cette épreuve, pourquoi pas... mais là, cela virait à l'opération de promotion politique. C'est l'argent public qui sert à soutenir cet événement. Dans l'Antiquité, les citoyens les plus riches, qu'on appelait les évergètes, finançaient des spectacles mais c'était sur leurs propres deniers. On les honorait pour cela. Là ce n'est pas du tout le cas. Alain Gest n'a pas mis son argent personnel. Ne nous voilons pas la face, nous sommes à deux ans des élections municipales. Il cherche à entretenir sa notoriété. Il mise donc sur le sport-spectacle : le foot avec l'ASC en ligue 1, le cyclisme avec l'arrivée d'une étape du tour de France à Amiens le 14 juillet et, plus modestement, le prix Jean Renaux.
Il faut souligner la contradiction du comportement du président d'Amiens-Métropole. D'un côté, il fait la promotion du sport cycliste et, de l'autre, il ne fait absolument rien pour encourager l'usage quotidien du vélo. Amiens subit, depuis des mois, ouverture de chantier sur ouverture de chantier, notamment pour mettre en place le bus à haut niveau de service, mais les cyclistes n'auront pas de pistes qui leur soient dévolues. Manifestement, ils seront obligés de circuler sur les voies de bus ou de continuer à se mêler aux piétons comme dans la rue Jules Barni. La spécificité du déplacement à vélo est niée alors que son utilisation est de plus en plus adoptée. Il y a une demande sociale !
Si l'on veut développer le cyclisme en tant que loisir sportif, ne serait-il pas judicieux de permettre aux citoyens de se déplacer à vélo ? D'un usage quotidien et utilitaire, on peut plus facilement passer à une pratique de loisir sportive et inversement ! Et, au delà de cela, l'usage du vélo amoindrit la pollution et l'encombrement de nos rues tout en améliorant notre santé.
Le sport ne doit donc pas être mis au service de visées politiciennes mesquines mais, au contraire, doit motiver les citoyens à se tourner vers les modes de déplacement doux, non polluants, qui favorise le développement corporel et l'amélioration de notre santé.