La rage de l'expression
C'est en utilisant ce titre du poète Francis Ponge que je commence ce petit texte. Dans un pays où la liberté d'expression est de plus en plus remise en cause, cette rage doit absolument prendre de l'ampleur. C'est pourquoi je profite du temps libre que m'offrent les vacances pour coller des affiches pour appeler les citoyens à s'exprimer au sujet de la privatisation de l'aéroport de Paris, pour signaler les dangers du glyphosates et dénoncer l'impunité dont bénéficient les proches du président Macron (sauf de Rugy...)
Hier soir donc, vers 23 heures, rue du général Leclerc à Amiens, je colle sur des panneaux en bois d'un immeuble en rénovation. Tout le monde y colle, les partis politiques pendant la campagne des élections européennes et les inévitables publicités pour les spectacles (qui alimentent les caisses d'Amiens-Métropole). Donc, rien de grave... Sauf que deux policiers municipaux arrêtent leur voiture pour nous demander nos papiers, à mon compagnon de collage et moi. Je veux savoir le motif : «affichage sauvage». Je fais valoir que la mairie ne respecte pas elle-même la législation : elle commence seulement à mettre en place des panneaux d'affichage libre. En effet, les élections municipales ont lieu dans quelques mois, le couple Fouré-Gest ne veut pas qu'on lui reproche son manque de respect de la démocratie locale alors qu'il a tout laissé à l'abandon pendant les années !
Donc, les policiers municipaux vont écrire leur rapport. Je risque une amende, évidemment... Pour le respect de l'égalité, il faudrait que cette amende s'applique à tous ceux qui ont collé à cet endroit.
Et les panneaux d'affichage libre sont destinés à l'expression de chacun sans qu'il y ait de but lucratif. Pourquoi la mairie laisse-t-elle donc les sociétés qui organisent des spectacles les utiliser ? Pour les raisons suivantes :
-
Amiens-Métrople touche une partie de l'argent venant de la fréquentation du Zénith.
-
Il est bien commode de recouvrir tous les deux jours (en moyenne) l'expression citoyenne avec des émanations superficielles de la société du spectacle. C'est une forme de censure qui ne dit pas son nom.
On pourrait inventer un système où des panneaux sont destinés aux spectacles et d'autres exclusivement réservés à l'expression citoyenne. Cela existe dans d'autres communes.
Les élections municipales se profilent. Le couple Fouré-Gest tente de rattraper le temps perdu en ce qui concerne l'affichage libre. J'ai déjà eu, ainsi que Fabienne Debeauvais, une amende lors des dernières élections municipales. Cela recommence. Décidément, en ces temps de monarchie macronienne, la censure est de plus en plus à la mode...